• VM. V

Focus - Ed Ruscha


Photo: Leo Holub/Archives of American Art/Smithsonian Institution, Washington, DC

« J'AI TOUJOURS EU LE PLUS PROFOND ATTACHEMENT

POUR TOUT CE QUI NE POUVAIT PAS ÊTRE EXPLIQUÉ.

LES EXPLICATIONS ONT EN ELLES QUELQUE CHOSE

QUI ANNULE LE POUVOIR DE CE QUE L'ON FAIT"



Ruscha est né en 1937 dans le Nebraska. A 20 ans, il déménage à Los Angeles pour y étudier la photographie au California Institute of the Arts. Une fois diplômé, il trouve un emploi chez un imprimeur. C’est là que débute son inclination pour les techniques d’impressions et c’est surtout le moment où il prend la décision de se servir du livre comme d'un médium à part entière. Ces publications s’inspirent de la vie américaine. Ce sont de petites éditions qui réunissent des séries de clichés, des instantanés de stations-services, de vue d’appartements et d’immeubles. Sans aucune prétention artistique, ces photographies s'assument pleinement dans leur banalité, à la fois de thème et de technique. L’absence de style est ouvertement revendiqué et lui permet, d’un point de vue plus personnel, de se libérer de l’expressionnisme abstrait auquel il était auparavant attaché. La plus célèbre édition de Ruscha, Twenty-six gasoline stations, publiée en 1963, est considérée comme le premier livre d’artiste contemporain et contient exactement ce que suggère son titre. A l’intérieur, on ne trouve aucun lien narratif, aucune hiérarchisation au niveau de l’esthétique ou du contenu. C’est un recensement strict de stations services sommairement légendées comme il le fera par la suite dans d’autres ouvrages. Cette première édition reflète une démarche provocante de la part de l’artiste qui situe son oeuvre entre objectivité ostentatoire et goût pour l’absurde.


Ed Ruscha est également connu pour ses peintures de mots. Ces dernières sont inspirées initialement par les nombreux panneaux d’affichage de la ville mais surtout par le célèbre panneau HOLLYWOOD installé sur le mont Lee en 1923. La première exposition de l’artiste se déroule en 1963 au sein de la Ferus Gallery de Los Angeles. Il est immédiatement vu comme l’archétype de l’artiste estampillé L.A. Pop mais la manière dont il réalise ses oeuvres, en accentuant les propriétés du sujet représenté, l’écarte du Pop Art de la côte ouest qui préfère mettre en avant le banal et le standard. Les mots peints par Ruscha sont isolés de tout contexte afin de neutraliser la signification du texte inscrit. Volontairement plate et dénuée d’effets de matière il donne à la peinture une personnalité propre. C’est une exposition sur Marcel Duchamp à laquelle il se rend en 1963 qui lui indique la nécessaire distance à prendre face aux héritages de l’art. Il s’efforcera de ne jamais faire tomber son travail dans aucune catégorie précise même s’il est le plus souvent rattaché à l’art conceptuel. Quoiqu’il en soit, cette souplesse de l’esprit et conscience du monde, cette attention portée au réel, cette absence de «profondeur» et son irrévérence contextualisée, se retrouve dans l’esprit du cool. C’est l’auteur de Crash, JG Ballard, qui dira de lui qu’il est l’artiste qui possède le détachement le plus cool qui soit pour un artiste américain.


Documentaire : Buildings and Words - Commandé par le musée d'art contemporain de Los Angeles pour l'hommage rendu à Ed Ruscha en 2016. La voix est celle d'Owen Wilson.



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