• VM. V

Historique 3



Soleil et contre culture

Le cool comme expression signifiante vient des états-unis. Il naît dans une ville isolée, considérée comme un véritable désert culturel dans les années 50 et qui deviendra la mégalopole que l’on connaît aujourd’hui : Los Angeles. A cette époque, la ville offre une scène artistique quasi provinciale et si son développement gagne en importance, l’économie entière est tournée vers Hollywood et ses fameux studios de cinéma. Il faudra encore quelques années à la ville pour offrir une alternative sérieuse à la scène new-yorkaise en matière d’arts visuels. Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée massive d’une nouvelle génération, attirée par la qualité de vie qu’offre le climat californien, fait exploser la démographie locale. Cette nouvelle population s’agrandit d’années en années par une foule de jeunes gens attirée par les nouvelles cultures alternatives de l’automobile, de la musique et des sports de glisse.


De fait, la ville voit naître une communauté d’artiste qui commence à s’organiser. Ici et là on dédie de nouveaux espaces à l’art. La fameuse Ferus Galery, fondée par Ed Kienholz et Walter Hopps est l’un d’entre eux. Célèbre pour avoir exposé en 1962 les Campbell’s soup cans de Warhol, elle présente, des 1957 un groupe de jeunes artistes : L.A COOL SCHOOL (Robert Irwin, Larry Bell, John Altoon, Ken Price, Ed Moses, Billy Al Bengston, Craig Kauffman, Wallace Berman et Ed Ruscha). Le nom de ce groupe informel découle de la mouvance jazz de l'époque qui tend à qualifier le son de Los Angeles de « cool » (voir historique 1). Si Ruscha est celui dont le nom nous est le plus familier, le travail de chacun de ces artistes va faire éclore un style pictural californien, qui combine les influences pop, les influences expressionnistes abstraits et réussi à intégrer tout ce qui caractérise la ville : techniques de peinture automobile, les fleurs, les mandalas, le cinema, la lumière, le surf et le skateboard etc etc. Les nouveaux horizons explorés participent alors à l’élan qui permettra d’inscrire durablement la côte Ouest dans le milieu artistique avec une identité qui lui est propre.


Dès lors, chaque transformation que subit la cité des anges n’aura de cesse d’accompagner les différents courants artistiques de la seconde moitié du XXe siècle. Du L.A. Pop à l’art conceptuel en passant par le minimalisme, le mouvement Light and Space et la performance, les artistes angelinos se sont systématiquement détournés des règles et des canons artistiques pour développer un chemin plus personnel inspiré de leur environnement quotidien et d’une soif inextinguible d’expériences nouvelles. Que ces dernières soit psychédéliques, spirituelles, phénoménologiques, cinématographiques, picturales, numériques ; c’est leur diversité qui contribua au renouvellement permanent des esthétiques.


Un documentaire de Morgan Neville retrace l'histoire de la cool school.


Au-delà des arts, le cool tel que nous le connaissons aujourd’hui est fortement lié aux mouvements « underground » des années 60 et aux sports de glisse. Il devient l’attitude de référence des beatniks qui veulent simplement vivre autrement et de fait, il retrouve un aspect revendicatif originel, tout en perpétuant l'idée d'une quête du plaisir immédiat. Il se situe entre lutte politique et prise de bon temps et c’est précisément cela qui permet de comprendre le mythe du cool contemporain.


Dans les années 60-70, la surf music et les Beach Boys pose une empreinte indélébile sur la musique pop et rock. La Californie se dote d’une aura charismatique et devient une destination paradisiaque quoiqu’un peu fantasmée. Les images véhiculées autour de cet art de vivre érigé en doctrine sont rapidement récupérées par les marques et la publicité qui s’approprient les codes et les esthétiques initialement subversives. L’esprit du cool promut par une forme d’art est dénaturé et promut une nouvelle fois par les marques qui le dépossèdent de son sens premier. Ces mouvements, quoiqu’on en dise, sont rapidement devenus des formes subalternes de la contre-culture, beaucoup plus proche de la société capitaliste qu’ils ne voulaient l’admettre. Ils en sont paradoxalement devenus des promoteurs en se rendant compte que les prochaines étapes du capitalisme se construisent dans les tentatives artistiques pour sortir de celui-ci (cf Jameson et le processus de révolution culturelle). Le cool comme attitude qui consiste à afficher une distance avec la loi et les convenances, implique nécessairement un processus de récupération particulièrement rapide neutralisant son potentiel émancipateur. Cette logique du plaisir à transgresser les normes finit toujours par se matérialiser dans un produit ou une attitude qui permet de définir une communauté précise de consommateurs. Cette dualité étant l'une de ces caractéristiques principales aujourd'hui pour le plus grand plaisir de la société marchande.


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