Faire un dessin, un rapide croquis et vouloir aussitôt en faire une sculpture. Je commence par découper la feuille, je la redresse avec mes doigts et puis j'épaissis un peu la matière pour la faire tenir debout. Mes envies plastiques prennent naissance entre ces deux médiums, dessin et sculpture. Des personnages grotesques sont isolés, désarticulés ou assemblés. Seul le contour m’intéresse puisqu'il me permet de réduire à l’essentiel. Ces formes sont ensuite taillées dans une épaisseur lisse, en carton le plus souvent. Enduites, parfois peintes ou dédoublées, les formes s’emboîtent. Elles finissent par tenir habiter l’espace d’exposition. 

Le passage d’un dessin brut à la sculpture quasi immédiatement permet à une esthétique naïve, dont la simplicité présentée est aussi manifeste, de faire appel à toutes formes de projections personnelles. Un croquis laisse libre cours aux interprétations, jamais ni ses erreurs ni ses maladresses ne nous arrête. Nous imaginons par-delà la faute.  

L’aspect fragile et précaire qui se dégage de mes créations est une position quant à leur valeur d’objet. Elles sont finalement plus personnages que oeuvres, plus rencontres qu’objet de réflexion. Elles sont à la fois drôles, pathétiques, touchantes, mais jouissent d’une folle liberté, celle qui naît dans l’espace clos et intime de mon atelier. Toutes ces sculptures sont comme autant de pantins qui laissent place à l’erreur et aux tentatives, aux réussites et aux échecs. C’est une pratique d’artisan fou ou raté, de Gepetto contemporain, qui se situe entre tâtonnement et bricolage. Une fois réalisées et montrées, je n’hésite jamais à retailler dedans pour faire naître la suivante.

On trouve aussi de nombreuses petites peintures. Elles sont soit laissées telles quelles et accrochées, soit agrandies sur une toile nouvelle ou  repeintes à même le mur. Elles forment un décor idéal, celui dont ont besoin les sculptures pour faire de chaque espace dans lequel elles se montrent, leur nouveau lieu de vie.

Mes influences sont aussi nombreuses que variées ; de la peinture flamande à la bande dessiné, du mobilier aux formes naturelles, des mythes aux traditions. Mélanger l’ensemble, sans hiérarchie, situe le travail sur le terrain de l’expérimentation et du jeu permanent. 

Serio Ludere

 

Posant -sans être prostré- dans la posture de l'imposteur, le valet multicarte VMV pique et égratigne de bon coeur des références de la mémoire collective et de la culture populaire, au service du « serio ludere » (jeu sérieux), persuadé que « la vie est une chose assez sérieuse pour en faire un jeu permanent ». Hors des lois du marché, son oeuvre non hiérarchisée déjoue les codes sur un coup de dé pour mieux transgresser les règles du jeu, tel le Fripon Divin, le décepteur de Levi-Strauss. Il triche comme il se contraint, troquant tour à tour son masque hiératique contre un costume de bouffon.

 

Écrivain, musicien, sculpteur, peintre, qu'il s'appelle Vincent, Michaël ou les deux, Vallet chambre le réel avec une insolence très contemporaine, dégriffant toutes les étiquettes que l'on serait tenté de lui coudre, quitte à en découdre ludiquement. Exégète du cool, s'il joue un rôle (celui de l'artiste), il n'en fait pas toute une histoire, car pour autant il le clame : « l'art est tout le contraire d'un drame ».

Antonin Druart

(Auteur et rédacteur culturel)

Co-errance


A première vue, l'occupation de Vincent-Michaël Vallet génère un éparpillement d'objets ludiques et disparates, tirés d'un imaginaire toujours déjà enfantin et d'un rapport natif au monde. Dans cette constellation, qu'y lire ? Errance, plus qu'égarement, là où l'erre désigne l'élan acquis qui pousse dans une direction ; lancée qui atteint à un sens. La co-errance consonne alors comme seul lot de savoir possible.


Contre toute attente, il y aurait de la cohérence dans l'errance. Est-ce à dire que toute errance est déterminée ? Encore faut-il accepter de se mettre à l'(h)auteur de l'enfant - auteur de vue. Cet enfant qui, dans sa liberté de production et son autorité, est l'artiste par excellence - prélude. Consentir au déplacement qui conduit du lieu du sens commun et tranquille de l'adulte, celui qui sait, vers la proposition de la dissidence. Co-errer avec, être disposé à se laisser glisser vers une forme d'éloge du balbutiement, de la potentialité de l'ébauche.

Alexandre Faure

(Psychologue clinicien)

Mon fils avant tout

Il n’y a pas eu beaucoup d’artiste dans la famille et on ne peut pas dire qu’on ait beaucoup fréquenté les musées. Mon grand père sculptait un peu le bois mais rien de plus et Vincent-Michaël ne l’a pas connu. C'est pourquoi je n'arrive pas toujours à me projeter dans les œuvres qu'il réalise.

 

S'il fallait choisir une pratique je dirai que je préfère ses sculptures. On comprend mieux ce qu’il veut dire à travers elles et il m'emprunte souvent des jouets pour les réaliser. J’adore les "Métopes" qu’il a installé avec son père dans une église de Rennes. On dirait que ça vole dans ce lieu si grand. De tout son travail, c’est peut-être la pièce qui me plaît le plus. Par contre, je n’ai pas du tout compris la performance "Autant que fer se peut" mais je le trouve très beau sur les photographies et pour une maman c’est suffisant. Mais à quoi ça sert de repasser en public ? Et Léonard de Vinci ? Ça m'a fait un peu rire parce que pour moi c'est quelque chose que l'on fait à la maison. Peut-être que l’art c’est ça ?

 

En tout cas, je ne m'inquiète pas pour lui. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi créatif. C'est important pour un artiste.


Claudine Vallet

(Assistante maternelle et mère de l'artiste)

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